Pourquoi le choix du diaphragme est-il un facteur majeur ?

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La raison est éditoriale. 


La réponse n'est pas un absolu. Mais elle vous explique pourquoi le choix du diaph doit être laissé au Photographe (ou au directeur artistique) : 

 

  • Il est tres important que le diaph soit constant pour que la Profondeur De Champ soit constante, dans la mesure du possible
  • D'une manière générale, il faut essayer également de garder une distance de PDV constante, là aussi pour que la Profondeur De Champ soit constante, tout comme le point de vue

Pour les raisons suivantes : 

 

  • Si vous faites des séries éditoriales (comme pour un édito magazine) votre série sera UNIFORME. D'ailleurs il peut arriver que le DA du magazine vous donne le diaph a utiliser (même s'il ne l'exprime pas de manière technique)
  • Idem si vous faites des séries artistiques. La photographie n'est pas exclusivement la photo unique, il fait etre capable de réaliser des séries
  • Si dans votre portfolio vous avez des images à toutes les Profondeur De Champ, cela va donner une impression de travail chaotique et non uniforme. cela va impacter votre style.
  • Un diaph peut etre imposé pour raison artistico-technique. En coiffure par exemple, il va falloir davantage de Profondeur De Champ (tout dépendra de la demande du client) car on peut vouloir que le travail de coiffure soit dans la zone nette

 

Il s'agit de recommandations d'ordre artistique basé sur ce que j'ai pu expérimenter. Pas de règles absolues. Il y a bien entendu des exceptions.

 

  • Pour des raisons de qualité optique, il ne faut cependant pas trop fermer, sauf avec les optiques "premium" comme les Leica M ou les Hasselblad MF
  • Cependant, il ne faut pas trop ouvrir non plus, car à ƒ/3,2 et en dessous QUEL QUE SOIT LE FORMAT, la progressivité est nulle et le passage de net à flou est ultra brutal. Les clients (ou de simples spectateurs) ne veulent pas de ca (même s'il ne savent pas ce que c'est, ils ont des yeux et un ressenti).

Glossaire : Piqué

Evitons de confondre piqué et netteté. Le piqué est la capacité du couple objectif/capteur [ou objectif/film] à restituer de très petits détails

La notion de netteté est fréquemment confondue avec celle de piqué. Le piqué est une propriété de l'objectif, liée en particulier au pouvoir de séparation qui caractérise son aptitude à enregistrer de fins détails

-- "Tous Photographes" - Jacques Croizier - Dunod

De très nombreuses personnes confondent Piqué et Netteté, et ne considèrent pour établir la qualité de l'optique, que les zones nettes de l'image. Le piqué est l'aptitude de l'optique (plus précisément du couple optique/support - Capteur ou film) à restituer des détails. Mais les meilleures optiques sont aptes a restituer des détails également dans les zones floues

Une image n'est que partiellement nette, surtout à grande ouverture. Elle comprend aussi des zones situées dans le flou (bokeh).

On pourrait également dé-focuser (décaler le point) sur une photo et observer le résultat : une optique de piètre qualité donnera un résultat illisible. Une optique de qualité continuera à donner des éléments discernables, voire lisibles.

La très grande majorité des optiques sont capables de restituer nettement les zones nettes. Mais cela ne suffit pas à établir que l'optique est de qualité. Si c'etait le cas 99% des optiques du marché seraient "de qualité exceptionnelle". Les constructeurs comptent sur cet attrait du public pour la netteté (et la marketent à fond) afin de masquer les faiblesses de leurs optiques dans les zones floues. C'est une recette qui semble fonctionner, sauf pour celui qui a l'œil averti.

Seule une optique de qualité sera capable de restituer des détails dans les zones floues, tout autant que dans les zones nettes. Le flou sera "lisible", avec des détails parfaitement perceptibles à tel point qu'on pourra parfois percevoir des zones comme "nettes" alors qu'en fait, elles se trouvent dans la zone floue.
Il sera nécessaire de se rapprocher du tirage (ou de zoomer dans l'image numérique) pour se rendre compte que la zone concernée est en fait "dans le bokeh".

Ces flous relatifs, depuis les plus subtils jusqu'aux plus marqués engendrent un rendu "3D" et une impression de "profondeur" dans l'image, accompagnés d'une douceur générale dans les textures et dans les transitions.


A l'opposé, les optiques tres nettes dans la zone du point et médiocres dans le flou auront un rendu tres "sec" et dur, avec des arrière plans illisibles et "crémeux" (aplats flous sans détails), parfois chargés d'artefacts, de dédoublements et d'images fantômes (parties de l'image "inventées" par l'optique et qui n'existent pas dans la scène). Le passage de la texture nette à la "texture" floue se fera sans subtilité. Ceci est souvent aggravé par l'usage inapproprié d'ouvertures tres grandes, qui mettent en évidence les défauts de ces optiques.

 

Les optiques médiocres auront tendance a écraser les plans les uns sur les autres, quelle que soit l'ouverture, supprimant ainsi tout notion de "3D" dans l'image. C'est le cas de tous les zooms 24x36, quelle que soit leur marque et leur prix. Un zoom est un objectif "utilitaire" fait pour le reportage. Ils est conçu pour avoir un sujet sur le point parfaitement restitué et avec un maximum de netteté, sans attention particulière portée au reste de l'image. Il faut donc absolument proscrire les zooms en portrait "artistique", ils ne sont pas faits pour cet usage.

Les optiques fixes a grande ouverture "écrasent tout" à partir de ƒ1,8, quel que soit leur prix ("effet rideau"). Ouvrir à ƒ1,8, ƒ1,4 ou ƒ1,2 permet d'obtenir davantage de lumière. Mais d'un point de vue restitution optique (lisibilité des détails et sensation de "3D"), on se trouve largement au delà des limites de l'objectif.

 

La qualité du bokeh dépend largement de la construction de l'optique. Pour cette raison, les optiques qui fournissent un bokeh de grande qualité sont onéreuses.

-- Harold Davis, Practical Artistry: Light & Exposure for Digital Photographers, 2008

La lisibilité dans les zones floues

Contrairement à ce que l'on pourrait penser à première vue, l'image ci-dessous est totalement dans le flou, sauf ce qui se trouve dans le plan de l'iris de l'œil

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On s'en rend mieux compte en zoomant dans l'image...

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Bien qu'ils soient situés dans le flou, les cheveux restent lisibles individuellement

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La progressivité dans le passage « de net à flou »

 

La progressivité est déterminante dans la qualité de lecture d’une image. Un passage brutal de net à flou (ou inversement) « heurte » le confort de lecture.

 

Les points ci-dessous sont souvent confus ou mal compris : 

 

  • Une optique de qualité médiocre dans les zones floues et dont la netteté est excessive ou aggressive dans la zone du point, donnera une mauvaise progressivité. Elles présenteront un "changement de texture" tres désagréable à l'œil

  • La progressivité est relative à l'ouverture

  • La progressivité est non dépendante de la PDC. Donc le problème n'est pas de faire un portrait "à faible PDC", mais "à trop grande ouverture", ce qui ne veut pas dire la même chose. En ce qui me concerne, je suis la plupart du temps à Pleine Ouverture en MF (c'est à dire... à f4 !) et à f4 en 24x36.

  • La progressivité est non dépendante du format. Le MF a la même progressivité à f4 que le 24x36 à f4. Mais, à f4, le MF à une PDC équivalente à celle du 24x36 à f2,4 et, la qualité des optiques fait que cette progressivité est également représentée de manière plus douce et détaillée. Il est évident qu'un 100HC Hasselblad, même ouvert à f2,2 à un rendu sans commune mesure avec un 85 f1.2 à f2,5. mais le passage de net à flou est aussi court sur les deux optiques. On ne s'en rend pas compte car la PDC sur le HC100 est bien plus courte (équivalente à celle d'une optique 24x36 ouverte à f1,4) et sa qualité optique est sans comparaison.

  • La progressivité ne change pas avec la distance de prise de vues (pas de manière significative). Seule la PDC change.

  • Au delà d'une certaine ouverture (disons a partir de ƒ/3,6) en plus de l'abscence de progressivité, on assiste a une phénomène d'écrasement des plans se trouvant dans le flou, pour aboutir a une sensation de "décor peint sur un rideau de fond" que j'appelle "effet rideau". Cette perte de profondeur va se manifester plus ou moins selon la qualité des optiques, mais elle finit par se produire au fur et à mesure que l'on ouvre le diaph, quel que soit l'optique utilisée.

 

Donc c'est juste un fait facilement observable : à f1,2 il n'y a aucune progressivité et le passage de net à flou se fait d'un seul coup. La solution consiste à fermer l'optique à f4 (par exemple) pour retrouver une progressivité correcte. Sur les très bonnes optiques (Canon 100 f2, Canon 135 f2, Canon 50 f1.2, on peut aller jusqu’à f3,2 voire f2,8 ou f2).

 

Évidemment, en petit format, on aura plus de Profondeur De Champ pour cette même ouverture, mais cette solution consistant à fermer est à mon avis préférable, d'autant qu'en plus, les optiques se trouvent alors dans une zone de meilleure qualité optique.


La photo ci dessous, légèrement recadrée, à été réalisée à courte PDC sur un Canon EOS 5D à ƒ4 avec le 135 ƒ2 qui est selon moi une des meilleures optiques Canon (de loin bien meilleure que la 85 f1.2, car bien plus homogène). On voit que le piqué est correct (les cheveux sont "distinguables" dans le bokeh par exemple) et la progressivité reste "en pente relativement douce".

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Ci-desssous, une image réalisée au HC210 à 210 mm sur un Hasselblad. L'angle de champ est le même que le 135 Canon en 24x36, la distance est la même (3 mètres) l'ouverture est la même. On voit nettement que la PDC est plus courte.

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Mais dans les deux cas, la progressivité est identique.

 

Je pense que les critiques sur les photos a (trop) grande ouverture viennent de l'incompréhension. Les gens qui utilisent ces optiques ne comprennent pas ou n'ont pas conscience ce qui est décrit ci-dessus et font dans ce cadre, un mauvais usage de leur objectif.

 

Une optique ouvrant à f1,2 n'est pas faite pour faire des portraits rapprochés à f1,2, au risque de mettre en évidence les limites et défauts du petit format et/ou de leur objectif chèrement acquis.

On lit parfois cet argument qui dit "si j'ai acheté cette optique ƒ1,2, c'est pas pour l'utiliser à f4"; La encore, nous avons une indication de cette mauvaise compréhension.

 

La grande ouverture est destiné à être utilisée en cas de très basse lumière, ou pour faire des photos "a deux plans" (un net, un flou), mais certainement pas de images qui mettent des éléments "en perspective" (car lorsque des plans successifs doivent être représentés, on a besoin de progressivité). Or, un portrait rapproché met des éléments en pespective : regard, tempes, oreilles, cheveux...

 

Les utilisateurs de Moyen Format parlent souvent de cette "différence de progressivité" (qui techniquement n'en est pas une, comme décrit ci-dessus) à juste titre. Cette "différence de progressivité" entre 24x36 et Moyen Format est due au fait que à PDC comparable, le diaph sera plus fermé en Moyen Format. La progressivité sera "douce", sera donc dûe à l'usage d'un diaph plus fermé.

 

Progressivité, piqué et sensation de profondeur

Cette photo permet d'illustrer la manière dont une optique piquée va donner une sensation "3D", en restituant toutes les nuances de flou et de net

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Sur cette image, on peut juger de l'excellente lisibilité des arrière plans, et donc du piqué de l'optique

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Ci-dessus, un portrait non retouché (simple développement dans Lightroom)
On peut constater que lorsqu'une optique pique réellement, il n'est pas nécessaire d'utiliser le subterfuge d'une infographie excessive ou spécifique des yeux : le regard se détache "tout seul". Ce n'est pas Photoshop qui fait la force du regard. C'est le travail avec le modèle au moment de la prise de vues. Et c'est la manière dont l'optique retranscrira ce regard.


Et pour changer de style, cette photo de paysage réalisée par Jean-Marc Kuntz, au Moyen Format numérique
Vous pourrez apprécier la représentation en profondeur des différents plans dans l'image : 
- Les montagnes au loin, elles-mêmes sur des plans successifs
- Le village au creux de la vallée
- Les différents chalets en ribambelle mais dont les toits sont bien échelonnés en profondeur plutot que d’être "les uns sur les autres"
- La finesse, la douceur, la lisibilité dans le flou, le piqué, etc...

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Ci-dessous, vous trouverez quelques photos réalisées en 24x36, avec une optique Leica (Summilux 75) sur Leica M
Photos : DR

On pourra observer l'excellente lisibilité des arrières plans, la progressivité (relative selon l'ouverture utilisée), et la douceur générale

M+Lux 75
M+Summilux 75 à f1,7
M+Lux 75 à f2
Arbres, M+Lux 75-3
Images protegées