Pourquoi le choix du diaphragme est-il un facteur majeur ?

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La raison est éditoriale. 


La réponse n'est pas un absolu. Mais elle vous explique pourquoi le choix du diaph doit être laissé au Photographe (ou au directeur artistique) : 

 

  • Il est tres important que le diaph soit constant pour que la Profondeur De Champ soit constante, dans la mesure du possible
  • D'une manière générale, il faut essayer également de garder une distance de PDV constante, là aussi pour que la Profondeur De Champ soit constante, tout comme le point de vue

Pour les raisons suivantes : 

 

  • Si vous faites des séries éditoriales (comme pour un édito magazine) votre série sera UNIFORME. D'ailleurs il peut arriver que le DA du magazine vous donne le diaph a utiliser (même s'il ne l'exprime pas de manière technique)
  • Idem si vous faites des séries artistiques. La photographie n'est pas exclusivement la photo unique, il fait etre capable de réaliser des séries
  • Si dans votre portfolio vous avez des images à toutes les Profondeur De Champ, cela va donner une impression de travail chaotique et non uniforme. cela va impacter votre style.
  • Un diaph peut etre imposé pour raison artistico-technique. En coiffure par exemple, il va falloir davantage de Profondeur De Champ (tout dépendra de la demande du client) car on peut vouloir que le travail de coiffure soit dans la zone nette

 

Il s'agit de recommandations d'ordre artistique basé sur ce que j'ai pu expérimenter. Pas de règles absolues. Il y a bien entendu des exceptions.

 

  • Pour des raisons de qualité optique, il ne faut cependant pas trop fermer, sauf avec les optiques "premium" comme les Leica M ou les Hasselblad MF
  • Cependant, il ne faut pas trop ouvrir non plus, car à ƒ/3,2 et en dessous QUEL QUE SOIT LE FORMAT, la progressivité est nulle et le passage de net à flou est ultra brutal. Les clients (ou de simples spectateurs) ne veulent pas de ca (même s'il ne savent pas ce que c'est, ils ont des yeux et un ressenti).

Non, la retouche n'est pas obligatoire !

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Photo réalisée sans retouche et sans maquillage studio

 

EDITO

 

Si j'en juge par les portraits que je vois défiler chaque jour sur mes réseaux sociaux, l'usage de la retouche à grands coups de Split Frequency, Dodge & Burn ou même de flou gaussien, semble être systématique

 

J'ai vu récemment des photos réalisées en argentique, puis retouchées de manière poussée dans Photoshop. Si je retouchais en numérique sur de l'argentique, j'utiliserais des méthodes équivalentes à celles des retoucheurs / repiqueurs (pinceau et gris-film) afin de préserver le rendu du film sur l'image finale.


Cette vague de retouches peut donner l'impression (erronnée) aux jeunes photographes, qu'ils doivent obligatoirement retoucher de manière poussée leur propres photos sous peine d'etre rejetés par le monde de la photographie amateur !

On m'a même rapporté que "pour se faire remarquer sur l'internet, il fallait retoucher ainsi". Dramatique n'est-ce pas ?

 

Mais sachez que vous pouvez réaliser des portraits sans utiliser sytématiquement une retouche poussée et un "surfaçage" de peau qui conduit à faire ressembler votre modèle à un non-humain. Rien ne vous oblige a suivre cette mode venue de Russie, et qui donne l'impression (fausse) d'etre devenue un "standard".

 

Mais on en voit dans les magazines et dans les pubs !

Est-ce a dire que chaque photo que vous réalisez est destinée à un magazine ou à une marque qui vous ont demandé expressément d'effectuer un tel traitement ? 

 

Vous n'êtes pas, en tant qu'amateur, obligé d'utiliser systématiquement des techniques de retouche "High End" plutot destinée à la photo de beauté professionnelle (visuels pub, magazines beauté). Un portrait ne nécessite pas obligatoirement un tel traitement. 

 

Certaines personnes sont tellement dans ce point de vue de retouche systematique, qu'elles énumèrent une litanie de techniques que l'on pourrait utiliser pour retoucher une image, tout en en oubliant une, essentielle : on peut tres bien ne pas retoucher avec des techniques aussi poussées, voire ne pas retoucher du tout si les circonstances le permettent !

 

Il est pourtant possible de sortir une image sans utiliser Photoshop (Ca demande du travail, mais ca s'apprend, de la même manière que la retouche s'apprend)

 

Il faut arriver à distinguer quel type de traitement pour quel type d'image et ne pas tout mettre dans le même sac. Vous voulez apprendre la retouche "High End" ? allez y ! Ca fait partie des choses que l'on devrait savoir faire... ou pas si ce n'est pas votre style.

Mais ne vous sentez pas obligé d'en mettre partout, tout le temps.

 

Et si votre but est juste de vous amuser et de trouver quelques modèles pour poser pour vous, sortez vous de la tête que vous allez "attirer leur attention" avec des photos systématiquement retouchées. Je suis bien plaçé pour savoir que ce n'est pas nécessaire. Une des premières choses que je dis à un modèle, c'est que je ne retouche pas ou très peu.

 

Et puis, examinez maintenant, un autre point de vue : Pourquoi, plutot que de suivre une mode éphémère qui ne révèle en rien vos vrais talents photographiques, ne pas vous démarquer, comme l'ont d'ailleurs fait certains photographes, parmi les plus grands ?

Contrairement à certaines idées reçues, marques et magazines n'utilisent pas systématiquement la retouche poussée
 

Voici une photo de beauté réalisée par Patrick Demarchelier, pour une campagne beauté (Acqua di Gio d'Armani). Pas de maquillage visible, pas de retouche visible (les cernes sont présents) et une extraordinaire présence de Diane Kruger.

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D'autres photos de Patrick Demarchelier >>>

 

Et voici une photo de mode pour le magazine Vogue, réalisée par Peter Lindbergh. Là encore pas de retouche visible, cernes présents, etc. Plutot que sur l'artificialité du traitement, l'accent est mis sur le travail photographique et la présence de Mariacarla Boscono

 

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D'autres photos de Peter Lindbergh >>>

 

Comment faire des portraits sans retouche poussée ?

La photographie nécessite un aprentissage des points suivants : 

- La mise en Lumière

- La direction et communication avec le modèle

- Le cadrage et la composition d'image

- Le developpement numérique

- Une éventuelle retouche numérique, légère et invisible

- Le post-traitement de personnalisation.

- Des références culturelles (les Maitres de la Photographie) afin de savoir ce qui est demandé...

 

Il faut juste s'y attaquer avec courage !

Et n'oubliez pas également, qu'on ne peut pas envisager de masquer indéfiniment ses lacunes sur les points ci-dessus à grands coups de Photoshop. Il faut simplement travailler pour s'améliorer.

 

Dernière chose : L'internet et les Résaux sociaux ne sont pas la Photographie dans la vraie vie. Si vous voulez vous démarquer, faites le par votre talent de photographe en développant les points ci-dessus. 

 

La retouche, c'est mal ?

Il n'est pas question critiquer l'usage de la retouche. Je retouche moi-même (ou fais retoucher) certaines de mes photos. Vous pouvez donc retoucher, bien évidemment. Gardez aux images, un look qui correspond à leur vocation ou destination.

 

L'objet de cet edito est de mettre l'accent sur le fait qu'il n'y a pas de caractère systématique au fait de retoucher ses images.

 

Le rôle du Traitement dans le Style (paragraphe extrait du texte : "Votre style photographique")

Le traitement (développement, retouche éventuelle et post-traitement de finalisation) fait partie de la technique du "labo numérique" (ou du labo argentique). Savoir post-traiter vos images est indispensable, et cela fait partie des choses qui vont vous distinguer.

 

Mais attention, ne soyez pas naïfs au point de croire qu'un type de traitement, un type de retouche, un préset Lightroom ou une Action Photoshop suffiront à créer "votre style". C'est beaucoup plus complexe que celà. La retouche n'est pas obligatoire mais si elle existe, elle fait partie du traitement. En regardant votre Portfolio, on devra trouver une unité de style au niveau du traitement.

Vous ne pouvez pas baser votre style sur "une manière de de retoucher" car : 
- Les grandes marques utilisent des retoucheurs indépendants. Vous devrez donc livrer des photos non retouchées.

- Certaines marques ou clients vous demanderont des photos non retouchées. Vous ne pouvez pas baser tout votre travail sur le fait que tout serat toujours retouché par vous et/ou comme vous le voulez

- Vous aurez a retoucher dans certain cas, mais vous devrez être capable de faire cohabiter des photos non retouchées et des photos retouchées dans le même portfolio sans que l'on puisse distinguer les unes des autres

 

Cependant, si tout votre style repose entièrement sur l'usage d'un type particulier de retouche, vous devrez prendre conscience que vos réalisations ne peuvent pas être basées sur la retouche uniquement. Comme dit au dessus, ne croyez pas qu'un type de retouche suffira à créer "votre style". La retouche sera un (et seulement un) parmi de nombreux éléments constitutifs de votre style. Vous pouvez par exemple regarder le travail de Erwin Olaf, qui utilise des retouches tres particulières, dans le cadre d'un travail dont la portée artistique et technique dépasse de tres loin la simple retouche ou traitement.

En dehors de ce cas particulier, et si retouche il y a, elle ne peut pas conditionner votre style, sinon que ce passe-t'il si on vous demande de ne pas retoucher ? 
Que se passe-t'il si la retouche est confiée au retoucheur de la marque ? 
C'est votre style qui doit dicter le rendu, avec ou sans retouche. Pour dicter votre style, utilisez les autres éléments de cette liste et si vous en faites, adaptez votre retouche à ce style.

Quelques images réalisées sans retouche

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La photo de Mode et le Portrait - Citations

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Presque toutes mes photos sont des portraits. Quand j’ai le modèle en face de moi, je n’ai pas l ’ impression de photographier les vêtements. Ils n’ont en soi pas beaucoup d’ intérêt, même si j’ai le plus grand respect pour les stylistes. Pour moi, les vêtements sont simplement une étape pour arriver à exprimer ce que je veux. [...].

Ce que vous saisissez, je pense, c’est la relation avec la personne que vous photographiez. C’est un échange et c’est ce qui se retrouve sur l ’ image.

-- Peter Lindbergh, 2013, Magazine Victoire.

Le portrait, c'est ce qui m'intéresse le plus en photographie. Je suis un portraitiste. La photographie de mode, je l'aborde comme un portraitiste... C'est l'atmosphère, l'aura du portrait qui donne vie au vêtement

 

-- Paolo Roversi, février 2003, Vogue Paris.

Le nouveau visage des tops

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A chaque Fashion Week, des milliers de mannequins défilent sur les podiums,mais seules quelques élues se partagent les contrats publicitaires. Enquête sur ces modèles qui définissent la beauté de la saison.

 

Presque 2 millions d'euros. La vente orchestrée par Christie's fin septembre, à Londres, des 48 oeuvres d'art représentant Kate Moss a dépassé toutes les espérances. Preuve, s'il en est, que le mannequin est bel est bien devenu une star de notre société, au-delà du petit cercle de la mode. "La Brindille" fait toujours partie des modèles les mieux payés du monde (elle figure au 4e rang mondial du classement Forbes en 2012) et continue, à bientôt 40 ans, de séduire les marques. 

 

Un tabloïd britannique a cependant révélé qu'elle avait dernièrement bénéficié d'une doublure corps pour une publicité. Un modèle plus jeune aurait tourné des plans du spot télévisé. Un comble! Et le signe que les marques ne font plus appel aux mannequins pour de simples critères esthétiques, mais pour ce qu'elles dégagent et incarnent. Leur allure compte autant que leur façon d'exprimer leur personnalité. Même l'apprenti mannequin doit désormais déployer une batterie de qualités (ou d'extravagances) pour percer dans un univers où la concurrence est rude. 

 

>>>Diaporama: Les mannequins à suivre pendant les Fashion Weeks printemps-été 2014. 

 

Des corps standardisés

De fait, le nombre de tops a explosé depuis le milieu des années 2000. "Avant cette ère, les marques se disputaient une poignée de filles, très demandées, qui tenaient les rênes du milieu et définissaient les critères esthétiques", explique Vick Mihaci, président de l'agence de mannequins Elite Model Management. Et puis, le rythme de production des collections a changé. "Il y a encore une dizaine d'années, on attendait les mannequins pour ajuster et coudre les vêtements sur elles. Aujourd'hui, c'est l'inverse. Ils sont fabriqués, puis les filles doivent rentrer dedans pour défiler: c'est quitte ou double." Du coup, les corps se sont standardisés. La diversité de taille n'existe plus. 

 

L'arrivée de modèles originaires du monde entier (et pour beaucoup des pays de l'Est) sur le marché, depuis le milieu des années 2000, a également changé la donne: "Aujourd'hui, être grande ne suffit plus. Dans les agences, on voit tous les jours des filles qui mesurent au moins 1,78 mètre: ce n'est plus le seul critère déterminant, poursuit Vick Mihaci. Du coup, on est beaucoup moins tolérant avec le reste du corps: des hanches larges ou une poitrine opulente, par exemple." Cette uniformisation a un autre revers: les mannequins noirs, moyen-orientaux ou asiatiques sont toujours aussi peu nombreux sur les podiums. Dans ce contexte, mettre en avant sa singularité est un atout. 

 

>>> A lire: Comment devient-on agent de mannequin? 

 

"Un excellent mannequin sait bouger tout seul, sans qu'on lui dise ce qu'elle a à faire

Sylvie Lécallier, chargée de la collection photographique au musée Galliera, à Paris, explique: "Il y a aujourd'hui deux tendances opposées qui s'affrontent. L'une consiste à rechercher des mannequins interchangeables, lisses, jeunes et parfaites. C'est le cas d'une grande majorité de marques. L'autre montre, en couverture de magazines notamment, des "gueules" qui ont l'attrait de la nouveauté et qui sont un gage de forte personnalité." D'où l'apparition de beautés iconoclastes, dans les séries mode d'abord, dans les campagnes de pub ensuite. "Les allures étranges sont utilisées pour représenter une tendance particulière, explique Vick Mihaci. Lily McMenamy, par exemple, possède un visage très punk, elle incarne parfaitement un esprit, une collection, une maison [NDLR : en l'occurrence celle de Marc Jacobs, dont elle est l'image]." Que l'on possède une particularité ou non, il faut connaître et maîtriser sa beauté pour réussir. "Devenir mannequin, c'est toute une éducation: pour être un visage qui compte, il faut quatre ou cinq ans d'expérience au minimum. C'est le temps nécessaire pour apprendre à poser." 

 

Sans compter les à-côtés du métier. La base: être disponible et avenante alors que l'on sort à peine de l'adolescence ; savoir travailler vite et bien, sur un shooting, avec une équipe inconnue et une bonne dose de pression. Et acquérir une solide culture artistique. Les mannequins performants doivent connaître l'univers esthétique des photographes, et être capables de réagir à des références, un tableau du XVIIe, par exemple.  

 

Oliver Rust, photographe de mode, confirme que "la personnalité du modèle est pour [lui] plus importante que sa plastique. Elle doit représenter une femme imaginaire ou un style. D'ailleurs, [il] préfère photographier une "gueule" qu'une fille trop lisse. Un excellent mannequin sait bouger tout seul, sans qu'on lui dise ce qu'elle a à faire. On lui explique l'humeur générale du shoot et elle sait improviser, se fondre dans le rôle. Lorsque cela arrive, la séance photo est inoubliable." 

 

La versatilité est l'une des clefs du succès des grands tops

Celles qui tirent leur épingle du jeu sont celles qui ont une certaine maturité. On ne compte plus les mannequins "âgés" qui caracolent en haut des affiches. Au hasard, la sublime Saskia de Brauw (32 ans), visage d'Armani Beauté, l'étrange MariaCarla (33 ans) chez Givenchy et l'indéboulonnable Gisele Bündchen (33 ans), icône healthy, chez Chanel. La Brésilienne Adriana Lima, au physique très sensuel, enchaîne aussi les campagnes à 32 ans. En les choisissant, les marques prennent le parti des valeurs sûres. "Une image comporte tellement d'enjeux financiers qu'elles préfèrent utiliser une femme qui est connue et qui a déjà fait ses preuves plutôt qu'une novice. La prise de risques est moindre", observe Vick Mihacy. 

 

La concurrence entre mannequins est aujourd'hui telle que bon nombre de jeunes recrues n'ont pas le temps de faire leurs preuves et d'accumuler les expériences qui enrichissent leurs palettes d'expression. Pourtant, rien ne remplace ces moments d'apprentissage, où le top doit jouer et apprendre à se glisser dans la peau d'un ou plusieurs personnages. Pour Christian Salmon, chercheur au CNRS et auteur de Kate Moss Machine, la versatilité est l'une des clefs du succès des grands tops auprès des photographes et du public. "Le talent de Kate Moss, c'est son aptitude à incarner des rôles différents. Lorsqu'elle monte sur un podium avant un défilé, la première question qu'elle pose, c'est: "What's the story?", quelle est l'histoire? Avec elle, la mode se fait récit, feuilleton, jeux de rôle. C'est au fond ce que la société demande à chacu : "Quel genre d'histoire es-tu? Quel rôle es-tu capable d'endosser?"" 

 

Le mannequin est très certainement le reflet d'une époque

La faculté à provoquer l'empathie, ou l'identification, est le dernier secret des grands tops. Ne l'oublions pas, "le mannequin est très certainement le reflet d'une époque", rappelle Sylvie Lécallier. L'une d'entre elles l'a bien compris: la Britannique Cara Delevingne, du haut de ses 20 ans. Son ascension est extraordinaire: en deux ans et demi, elle a atteint le statut de star. Elle sait incarner l'esprit grunge d'une saison et le style tradi-chic de la maison Burberry. Mais sa success story tient pour beaucoup à son talent de communicante.  

 

Grâce au réseau social Instagram, où elle compte 2,6 millions d'abonnés, elle alimente quotidiennement son fil de photos personnelles. Ses grimaces, son look de garçon manqué et son humour trash sont le reflet parfait de sa génération. Ses écarts et ses imperfections la rendent bien plus attachante que de simples images sur papier glacé. Se mettre en scène, jouer un rôle, se montrer et faire parler: Cara maîtrise parfaitement les codes de son époque. Une future grande. 

Un portrait n’est jamais la personne - Peter Lindbergh

Interview de Peter Lindbergh pour le magazine Victoire by Gilles Bechet, 2013

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Il est à l’origine du phénomène « super-modèles » qui a affolé la planète mode pendant quelques années. Pourtant, à l’entendre, il a simplement réalisé des portraits de femmes comme il les aime. Reconnu comme un des plus grands photographes et portraitistes, Peter Lindbergh est loin d’avoir rangé ses objectifs.

 

Vous avez longtemps privilégié le noir et blanc, pourquoi ?

Pour faire court, je trouve ça beau. Sur les portraits en noir et blanc, la peau a un éclat différent. C’est comme si la lumière traversait la peau, alors qu’avec la couleur, elle reste en surface. Je trouve aussi que le noir et blanc est plus intense. Je pense que ça vient de tous ces photographes américains comme Walker Evans ou Dorothea Lange qui, à l ’époque de la Grande Dépression, ont fait des reportages pour le gouvernement. J’ai grandi dans cette école de photographie où les images abordaient des enjeux sociaux sans se cacher. Pour moi, le noir et blanc était synonyme de réalité. C’est bien sûr un point de vue, car on peut faire de merveilleux portraits en couleur. Et on peut aussi dire que le noir et blanc est une manière de se distancier de la réalité avec un point de vue plus artistique.

 

Pensez-vous qu’une image révèle le modèle ou le transforme dans une sorte d’alchimie ?

C’est une question à laquelle je pense souvent. Presque toutes mes photos sont des portraits. Quand j’ai le modèle en face de moi, je n’ai pas l ’ impression de photographier les vêtements. Ils n’ont en soi pas beaucoup d’ intérêt, même si j’ai le plus grand respect pour les stylistes. Pour moi, les vêtements sont simplement une étape pour arriver à exprimer ce que je veux. Quand on dit d’un portrait : C’est tout à fait lui ou tout à fait elle, c’est ridicule. Un portrait n’est jamais la personne. Sur une autre photo, on va avoir quelqu’un d’autre. Ce que vous saisissez, je pense, c’est la relation avec la personne que vous photographiez. C’est un échange et c’est ce qui se retrouve sur l ’ image.

 

À vos débuts, on vous a crédité d’un style expressionniste, est-ce lié à vos origines, à votre enfance en Allemagne dans les années 40 ?

Je viens de Duisburg, qui est probablement la ville la plus laide d’Allemagne et, même sans doute du monde. Tout y est gris, tout est totalement industriel. Il s’en dégage malgré tout une certaine beauté que je suis apparemment le seul à voir. Devant ce genre de paysages, j’ai toujours le coeur qui bat plus vite. Chaque fois que des amis veulent venir voir d’où je viens, je les emmène faire un tour en voiture. Alors que je m’enthousiasme pour tous ces paysages industriels, je les vois plutôt incrédules ou dubitatifs.

 

Vous n’avez jamais voulu vous revendiquer comme photographe de mode. Pourtant, vous êtes à l ’origine du phénomène des « supermodèles »…

Quand on me demande d’où vient mon inspiration, je réponds d’un peu partout, sauf des magazines de mode. C’est ce qu’en font la plupart des photographes, ce qui veut dire qu’ il n’y a plus d’originalité et que la plupart des images se ressemblent.

Je n’ai pas voulu être photographe pour fournir des images ou pour vendre des vêtements. Ce qui est le plus important à mes yeux, c’est de contribuer à définir ce qu’est la femme aujourd’hui. C’est ça mon boulot. Dans les années 80, je travaillais beaucoup en Europe, j’ai eu plusieurs demandes du « Vogue » américain, que je refusais systématiquement. Ils ne comprenaient pas pourquoi. J’ai f ini par aller à New York pour expliquer que les femmes qu’on voyait dans le magazine à cette époque, apprêtées, maquillées représentaient tout ce que je n’aimais pas. Alexander Liberman, qui était directeur de Condé Nast, m’a pris au mot : Allez où vous voulez et montrez-moi votre type de femmes. J’ai été sur la plage à Los Angeles avec quelques mannequins inconnus. Il y avait déjà Linda Evangelista, Christy Turlington et Tatjana Patitz. On a fait des images très simplement. J’en étais très content. Quand il a vu mes photos, Liberman s’est gratté la tête, m’a dit : Merci jeune homme. Au revoir ! Six mois plus tard, Anna Wintour a repris le magazine. Elle a vu les photos qui correspondaient exactement à ce qu’elle voulait faire.

 

Mais cette révolution n’a pas duré ?

En quelques années, on en a fait les dix visages qui faisaient la loi dans les magazines. Et ces dix visages ont été corrompus par l ’ industrie de la mode et des cosmétiques à coups de contrats de 50 millions de dollars. On les a vues avec plusde maquillage, plus de bracelets en or et pour f inir, elles ressemblaient exactement aux femmes qui étaient là avant elles. Elles avaient perdu toute leur fraîcheur et leur indépendance.

 

Vous venez de réaliser une campagne avec Cate Blanchett pour Silhouette. Cela représentet- il un défi particulier de faire le portrait de quelqu’un avec des lunettes ?

C’est un élément qui s’ajoute sur le visage et peut transformer l’expression, la rendre plus sévère. Pour faire une bonne photo, il faut s’en détacher, créer une ambiance agréable et puis vient le moment où quand vous voyez les lunettes, elles ne veulent plus rien dire. Vous ne photographiez plus la réalité mais la relation et, du coup, vous ne voyez plus les lunettes comme quelqu’un d’autre les verrait. Et c’est là que ça devient intéressant.

 

On vous présente comme une icône de la photo, quelles sont les personnes qui, pour vous, sont des icônes ?

La femme qui travaille chez moi. Ma femme de ménage est une icône. Elle ne demande jamais rien. Elle travaille dur et c’est une personne merveilleuse. Elle travaille cinq fois plus vite que n’ importe qui avant elle et elle adore mes gosses. J’aurais tendance à choisir des gens normaux comme icônes. J’ai rencontré pas mal d’ icônes. Certaines d’entre elles étaient exceptionnelles, d’autres ne l’étaient pas. Je suis un peu fatigué de l’« icônisation » systématique des célébrités. Mais Cate Blanchett, pour ne citer qu’elle, est une personne vraiment merveilleuse. Kate Winslet également mais, à côté d’elles, il y a aussi de nombreuses stars hollywoodiennes qu’on ne voit jamais sans leur agent et leur secrétaire particulier. Dès qu’on leur adresse la parole, elles doivent regarder vers quelqu’un d’autre pour guetter une réponse. Les personnes remarquables sont généralement modestes.

 

Avez-vous une méthode pour créer une bonne relation avec les modèles ?

Il faut qu’ ils se sentent à l ’aise. Pour cela il n’y a pas de « trucs » sinon qu’ il faut aimer les gens. Vous êtes différent chaque jour. Il ne faut pas tricher, simplement rester soi-même. Certains jours, c’est plus diff icile. Mais quand le modèle se sent bien, il ne fait rien, il n’essaie rien et révèlera un peu de lui-même.

 

Quelle est la chose la moins conventionnelle que vous avez faite en photo ?

Chaque jour, il faut essayer d’être différent et non conventionnel. Surtout quand on prépare les choses à l ’avance, il faut avoir le courage d’agir complètement différemment. C’est très important, vous faites des photos sur le moment même pas trois semaines avant. La chose la moins conventionnelle à faire, c’est de ne pas respecter ce qui a été prévu. Cela demande de se sentir à l ’aise, j’y arrive seulement depuis quelques années. Je n’aurais pas pu travailler comme ça à 25 ans. Il faut être sûr de soi et travailler avec des gens qui vous font confiance.

 

Pensez-vous qu’on puisse connaître une nouvelle époque des super-modèles ?

Je ne crois pas. Cela a correspondu à un moment où l’ image de la femme dans la photographie de mode a été complètement chamboulée. Ce n’était pas uniquement dû aux modèles qui, bien sûr, étaient très belles mais à ce qu’elles véhiculaient. Aujourd’hui, il n’y aurait rien d’exceptionnel à prendre cinq ou dix mannequins inconnues. On peut le faire à tout moment. Régulièrement, des nouveaux mannequins apparaissent mais elles ne représentent rien de fondamentalement différent de tout ce qui a été vu auparavant. Mais ça pourrait encore arriver, pourquoi pas ? Si on rassemble cinq mannequins et qu’on leur trouve quelque chose comme les cinq visages les plus romantiques sortis d’un f ilm de Tarkovski, par exemple, et qu’elles changent notre appréciation de la beauté avec des visages que l’on n’aurait jamais vus auparavant. Ça se pourrait…

Glossaire - Photo de Mode, Photo de Beauté

Mode (Fashion) : Photographie publicitaire destinée a promouvoir des vêtements, bijoux et accessoires de mode (chaussures, sacs, lunettes, etc)

 

Beauté (Beauty) : Photographie publicitaire destinée à promouvoir des produits cosmétiques et pharmaceutiques (maquillage, soin cheveux, soin peau, hygiène, pharmaceutiques, parapharmacie, parfums, etc)

Ci-dessous, une photo de Mode (BeachWear - Vetements de plage)

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Ci-dessous, une photo de Beauté (Cosmétiques pour les coiffeurs professionnels)

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A Guide to PhotoVogue, by Alessia Glaviano, Senior Photo Editor of Vogue Italia and L'Uomo Vogue

PhotoVogue has reached over 72,000 photographers and each day, we receive thousands of photographs to review.

To be able to explain personally to each user the reason why his/her photograph was rejected we would need a team of people in charge of that only and I’m afraid we don’t have either the time or the resources to do that. The photos featured on Photo Vogue are personally selected by the Photo Editors of Vogue Italia (which is also the added value such photography platform offers); they are constantly reviewing and selecting, even outside working hours, but do not have physically the time to provide individual explanation of the reason why a certain image was rejected.

I believe that it is important to pay attention to what is approved and what is rejected among the works you upload, this way you’ll be more able to appreciate what type of photographs we accept; in doing so, however, I kindly ask you to keep in mind that the selection is the result of our personal review and, in no way, do we expect to be the beholders of the absolute truth.

As we pointed out more than once however, if you decide to submit your works to us, in doing so you must also accept our judgment, after all, participating is not compulsory but simply a choice. Photo Vogue is open to all photography genres but it is not for everyone; it is not a “democratic” (if you pass me the term) platform on which everybody can simply upload whatever they like. Photo Vogue will feature only those images that have been approved by us.

Having said this, with this article I would like to elaborate on some of the assessment criteria so as to help you become self-critical.

The right approach when taking a photograph is not "I’ve seen something I like hence I’ll photograph it” (think How? Why? What is by the side, above and below that view/object you liked? What angle will you take the picture from? With what lens?); it is true that, especially with certain photographic genres, you have to seize the moment but, to ensure that the photography-wise that moment is perfect, you need to have absorbed certain processes and have developed a "photographic eye".

The right way to position yourself in respect to the subject is the same way you’d do in front of a blank canvas so as to give the necessary attention to all the elements you are going to include, put in your framing and on set in order to understand the meaning of composition in photography.

My advice, at the beginning, is to focus on something and to photograph it repeatedly day after day: it could be a street view, for the instance; the goal is to absorb certain procedures so that they become almost automatic.

How to assess a photograph? There are both objective and subjective criteria. In assessing an individual photograph the subject, the composition, the light and the technique are important. Whereas when it comes to a photographic narrative, besides the above mentioned criteria, there needs to be no repetition, unless it is meaningful to the story; in addition, there needs to be narrative cohesion and the ability to tell a story.

Given that the images are assessed by human beings and not machines, there is also a series of subjective criteria that may prevail over the technical ones precisely because photography is a form of art which – luckily – has emancipated itself from being a mere representation of reality long time ago, hence our job is not to judge how a sunset truly resembles the real deal or how clear and precise a certain photograph is; there are many technically perfect shots which are flat, with no soul and that work only as a mere photographic reproduction of the subject.

It is transformation that makes a shot artistic, the variance between reality and the way it is portrayed: such variance is the added value and represents the photographer’s unique vision. A good photograph needs to have a soul, be open, not provide answers but rather trigger questions, it needs to intrigue, have several layers of meaning and not be dull, flat, banal or one-dimensional.

When “reading” an image, as well as when taking it, the cultural and visual baggage of both the viewer and the photographer plays a fundamental role because this is one of the elements that will, unconsciously, influence both the reviewer’s assessment of such image and the photographer’s approach to shooting it.

Like Instagram and social network, photography is now considered on par with a language although, if you consider it carefully, it is not quite like that: it is not quite a language but rather different types of languages according to who are those engaged in the dialogue and where they are; this applies to photography as it does with the different world languages, dialects, a formal and informal tone.  

Being more familiar with the subject of a photograph doesn’t make everyone an expert arbiter or a good photographer just as it is true that not everyone who knows how to write (in the most literal interpretation of the term) can be called a writer. Being able to judge a photograph means to truly know the history of photography, have knowledge of the masters and have studied, and not one photographic genre only because, given the current fusion of the different genres, being competent in only one would be limiting and ultimately not enough.

Some time ago I posted on my Instagram account a series of guidelines related to fashion photography; I had chosen fashion photography because this is the genre in which I’ve seen the most flagrant and gross errors, and not only in the images that are submitted to us on a daily basis on the Photo Vogue platform but also on many of the so called “fashion magazines” that all they achieve through their ill-crafted photographs is to belittle one of the most fascinating photographic genres, one that is ground-breaking and forerunner of innovation in photography generally speaking.

I believe that fashion photography is the most complex photographic genre, one in which being skilled photographers is not enough and, above all, it does not guarantee total control over the end result which depends on the model, the make-up and hair style, the set and the styling, all elements that a good fashion photographer needs to be able to guide or, at least, judge like a good film director.

Some of these guidelines can be applied to other photographic genres. I will list them below:

- Unless you know exactly and are fully confident in what you are doing, don’t go over the top. In all other cases, LESS IS MORE.

- The make-up and hair style of the model are fundamental.

- Accessories are equally paramount as they can make a photograph look incredible or completely spoil it: earrings, bracelets, necklaces, bags, glasses – consider each element that will feature in the image and ask yourself whether it improves or worsens the picture.

- If you don’t have access to a good stylist, opt for simplicity: again LESS IS MORE.

- If you do fashion photography, a good way to learn to assess whether the work of the stylist you are collaborating with is good is to observe and analyze the styling of the most prestigious international fashion magazines.

- Pay attention to any small detail appearing in your framing. Everything that is considered accidental in real life becomes intentional in a photograph.

- Assess the ability of your subject/model to move and, unless you are working with a professional who truly knows how to move in front of the camera, avoid over the top poses. With this regard, I’d recommend that you watched the artistic video Poses by artist Yolanda Dominguez.

- There is no one way only to shoot a fashion photograph: if, for instance, you are good at reportage, you should not revolutionize your style completely; a fusion of genres often produces the most exciting results.

- Strive to achieve an image with several layers: add levels to your framing. The co-existence of several critical points on the different focal planes – foreground, mid-ground, background – can make an image truly powerful.

- If you are working for a magazine, you need to be coherent and able to present a story comprising at least 8 images, all of which must be excellent. The pages of a magazine lend very well to story-telling. Treat your frames like movie stills.

- Get inspired from a wealth of sources: art, literature, social matters, films etc. Photography-wise, some directors of the 60’s and 70’s have become go-to references for their authorial style and the obsessive attention to details in each frame. I’m thinking about Godard, Antonioni, Kubrick, Bergamn or Fassbinder. Watching their movies is great training for the eyes. Spend hours, days and, generally, as much time as possible in specialized bookstores and museums browsing through magazines and sites which – as pointed before - publish articles and images by leading names in the sector.


- An excellent fashion photograph does not simply show the clothes that are to be advertised though it; remember that, after a couple of months, the merely retail value of a product dies away but images “emancipate” and can go down in history forever precisely because of the social, psychological and cultural zeitgeist they depict. Because they go beyond what they advertise and portray - “voice” – a world, a dream, an era and a vision.

 

di Alessia Glaviano

 

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